Et si ta voix avait le pouvoir de te guérir ?
C’est ce que j’ai découvert en 2017 lors d’une expérience de soin énergétique en Inde.
On m’a expliqué très sérieusement que je devais crier et chanter pour équilibrer mes chakras et, accessoirement, améliorer mes problèmes de santé du moment… Autant vous dire que j’étais un peu perplexe…
Parce que, pour être honnête, je n’avais jamais eu d’attirance particulière pour le chant. Même pas celui que la plupart des humains entretiennent naturellement dans l’intimité la plus banale, sous leur douche, ou en voiture, en fredonnant sans s’en rendre compte. Moi, ça ne faisait pas du tout partie de mes habitudes. D’ailleurs, je ne connaissais aucune chanson par cœur (faut dire que j’ai toujours écouté de la musique anglophone avant même d’en comprendre les paroles). J’ai toujours pensé que je chantais faux et que chanter était une histoire de talent inné. Entendre ma propre voix m’était désagréable et inconfortable. Je n’ai jamais compris le concept du karaoké (pourquoi s’infliger ça volontairement ?). Quant aux cours de musique à l’école… j’avais développé une toux soudaine et très stratégique qui apparaissait mystérieusement dès qu’il fallait chanter devant tout le monde… Bref, moi et le chant, on ne s’était pas encore rencontrés.
Lors de ma formation de yoga, j’avais d’ailleurs soigneusement laissé de côté toute la partie chant de mantras, qui ne m’intéressait pas vraiment et dont je ne percevais pas l’utilité. Ce n’était clairement pas une voie que j’avais explorée, ni un outil qui m’avait permis d’intégrer l’essence de la pratique. Mais il faut dire aussi que, dans une formation initiale, il y a déjà tellement de découvertes qu’il est assez normal que chacun s’accroche aux portes d’entrée qui lui parlent le plus, en laissant le reste un peu en suspens, jusqu’a ce qu’un beau jour ça résonne enfin.
Et puis il y avait cette histoire de crier.
La remarque de l’énergéticienne m’avait intriguée, parce que je me suis soudain demandé si je savais réellement crier. Élever la voix quand je suis énervée, oui, évidemment, comme tout le monde… mais hurler vraiment, laisser sortir un son brut, instinctif, incontrôlé ? En fait, non.
Pour la petite anecdote, quelques semaines plus tard, je me suis retrouvée sur un scooter avec un compagnon de voyage au milieu de la jungle, et il m’a proposé de crier, comme ça, pour se défouler, pour rire. L’idée me paraissait complètement absurde. Lui criait de joie, porté par l’énergie du moment… et moi, rien, aucun son ne sortait, ou tout timidement, et surtout je n’étais pas du tout à l’aise avec l’expérience.
C’est ce jour-là que j’ai réalisé que quelque chose était bloqué. Parce que même seule, même en pleine nature, même lorsque l’occasion se présentait, le son ne venait pas.
À la même époque, un autre détail m’interpella alors : mon rire était silencieux. Même lorsque je partais en fou rire, aucun son ne sortait vraiment, comme un reste d’une période d’orthodontie où j’avais pris l’habitude de rire discrètement, cachée derrière ma main. C’était normal, c’était mon rire… jusqu’à ce que je réalise que ce n’était peut-être pas si anodin (ceux qui connaissent mon rire aujourd’hui peuvent sembler étonnés, je comprend, il parait même qu’il serait communicatif, qui l’eu cru hahaha).
Une graine avait été plantée.
Je ne mettais pas encore vraiment de sens dessus, mais je commençais à me dire que cette voix retenue, empêchée, avait probablement quelque chose à voir avec la confiance, l’expression de soi, l’affirmation. Alors ça a fait son chemin lentement et progressivement.
De retour en France, j’ai commencé à enseigner le yoga à temps plein. C’était le début. J’étais timide mais je me sentais à ma place, j’enseignais à de petits groupes, je m’excusais beaucoup, ma voix baissait au moindre doute… et j’enchaînais les angines, les irritations de gorge, les extinctions de voix. Ce qui, dans un métier où l’on parle toute la journée, est assez peu pratique.
C’est là que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement au chakra de la gorge et au yoga du son, avec ce souvenir en arrière-plan de mon expérience indienne.
Au début, j’ai simplement décidé de chanter le Om dans mes cours. (Me forcer serait le mot le plus juste) C’était un véritable challenge pour moi, autant à cause de mon histoire personnelle avec ma voix que du jugement des élèves face à cette pratique peu orthodoxe. Puis, progressivement, je m’y suis habituée. J’y ai même pris goût. J’ai réussi à embarquer les élèves avec moi malgré mon inconfort, et j’ai commencé à ressentir les bienfaits très concrets de ce simple son répété jour après jour.
Alors, j’ai continué à explorer jusqu’a me former en yoga du son
Puis j’ai exploré d’autres mantras. Petit à petit, je les ai intégrés dans mes cours, et ma voix a commencé à changer. Elle est devenue plus profonde, plus posée, plus stable. Ma gorge s’est apaisée aussi, même si tout n’était pas encore complètement réglé.
J’ai continué à me challenger, à participer à des cercles de chants, à sortir de ma zone de confort, à chanter de plus en plus, jusqu’à guider moi-même de petits cercles. En parallèle, j’ai découvert les voyages sonores (dont je parle dans un autre article), et je me suis mise à jouer des instruments de manière intuitive, à utiliser le son dans mes accompagnements de façon de plus en plus subtile et évidente.

Au fil de ces explorations, j’ai ressenti l’envie d’aller plus loin et j’ai commencé une formation en Nada Yoga, la voie du yoga du son. Cette formation a duré deux ans, avec une transmission très traditionnelle du Raga, beaucoup de pratique, beaucoup d’exigence aussi. J’ai plongé dedans sans vraiment tout comprendre intellectuellement, mais avec la sensation très claire que quelque chose travaillait en profondeur.
Et effectivement, quelque chose s’est transformé, en moi, dans ma posture, dans ma conviction, dans ma voie.
J’ai alors pu transmettre avec plus d’assurance un outil que j’avais moi-même exploré. Mon enseignement s’est incarné autrement, porté par le son et sa dimension vibratoire.
En parallèle, j’ai pris des cours de chant classique pour apprendre à comprendre et utiliser ma voix, et j’ai découvert, avec une certaine surprise, que je chantais juste (comme la majorité des gens, en réalité) et que ma voix était plutôt jolie. Alors même sans talent particulier, je pouvais chanter et y prendre du plaisir.
Après cette formation, je suis partie en Inde pendant 9 mois (lire l’article sur mon voyage initiatique). J’ai profité de ce voyage pour enchaîner les cercles de chants de mantras et les kirtans. C’était un bonheur immense… lorsque je trouvais les bons endroits. Parce que j’ai découvert que ce qui me touchait le plus n’était pas la beauté musicale, mais la pureté du son sans microphone, juste des voix humaines qui se répondent, des instruments qui vibrent, le son brut du groupe, la simplicité du partage. Des mantras chantés ou même récités avec sobriété, loin de toute mise en scène ou recherche de performance. Ces pratiques pouvaient m’emporter dans des états méditatifs et dévotionnels profonds et véritablement nourrissants pour mon corps et mon âme.
Le son a pour moi un pouvoir incroyable, même lorsqu’on ne comprend rien aux mots ou au processus. J’ai alors continué à approfondir cette dimension dans ma pratique personnelle et dans mon enseignement, et j’ai aussi poursuivi mes recherches simplement parce que j’avais découvert une véritable passion.
C’est là que j’ai compris, profondément, en quoi la voie du Bhakti Yoga faisait partie intégrante du yoga, et que la voix, le souffle, le son ne sont pas des éléments annexes, mais une composante essentielle de l’expérience corporelle, énergétique et spirituelle de la pratique.
Aujourd’hui, pour moi, sans cette dimension-là… le yoga n’est pas complet.

Qu’est-ce que le yoga du son ?
Le yoga du son est une branche du yoga qui utilise le son, la voix et l’écoute consciente comme outils de transformation intérieure. Dit comme ça, ça peut paraître un peu abstrait… mais en réalité c’est quelque chose de très concret, presque instinctif. Parce que nous sommes, avant tout, des êtres vibratoires.
On respire, on parle, on soupire, on chante parfois sans même s’en rendre compte. Le corps produit du son en permanence, et ce son influence directement notre état intérieur. Il suffit d’observer comment une musique peut nous apaiser, nous émouvoir ou nous donner de l’énergie pour comprendre que le son agit bien au-delà de l’intellect.
Dans le yoga du son, on explore justement cette dimension-là.
On utilise alors la voix, les sons sacrés, les mantras, certaines fréquences, parfois aussi des instruments, non pas pour faire de la musique au sens artistique du terme, mais pour faire circuler et ressentir la vibration dans le corps, dans la respiration, dans l’espace intérieur. Comme un auto-massage interne que l’on s’offre.
C’est une pratique à la fois subtile et puissante. Le son ne passe pas par le mental de la même manière que les mots. Il traverse le corps, touche le cœur, contourne les résistances, et agit souvent là où l’on ne peut pas expliquer.
On découvre alors que la voix est bien plus qu’un moyen de communication : elle devient un outil de recentrage, de libération émotionnelle, et parfois même de reconnexion à quelque chose de plus vaste que soi.
Seul ou en groupe
On peut pratiquer le yoga du son seul comme un moment intime pour respirer, faire vibrer la voix, et revenir à soi. Quelques minutes de mantra, de voyelles chantées, ou même un simple bourdonnement peuvent suffire à apaiser le système nerveux, relâcher des tensions et ramener de la présence dans le corps. C’est une pratique accessible, que l’on peut intégrer facilement dans son quotidien, comme une forme de méditation vivante.
Ou encore en groupe, la vibration devient collective, portée par les autres voix. Il apparaît alors quelque chose de très simple et très précieux : une sensation de lien, de présence… et souvent une joie spontanée, presque enfantine, celle de vibrer et d’être vivant ensemble. C’est dans cette dimension partagée que l’on retrouve notamment les pratiques de chants sacrés
Kirtan et Bhajan, chant sacré du cœur
Dans la tradition indienne, le chant de mantras collectifs s’inscrit dans la voie du bhakti yoga, le yoga de la dévotion, une voie qui passe par le cœur, l’émotion, la relation au sacré plutôt que par l’effort ou la discipline mentale.
Le kirtan est l’une des formes les plus connues de cette pratique. Il s’agit d’un chant collectif, généralement sous forme d’appel et réponse : une personne guide le mantra, le groupe répond, et la répétition s’installe progressivement. Le rythme, la mélodie et la voix des autres deviennent alors un support naturel pour lâcher le mental et entrer dans un état de présence très simple, très vivant.
Il existe aussi les bhajans, qui sont des chants dévotionnels plus mélodiques, souvent dédiés à une divinité ou à une qualité spirituelle particulière, mais toujours avec cette même intention : ouvrir le cœur et créer un espace de connexion intérieure.
Ce qui est souvent surprenant, c’est ce qui se passe après.
Après plusieurs minutes de chant, le mantra s’arrête… et le silence apparaît. Un silence différent du silence habituel. Dense, vibrant, presque palpable. C’est souvent là que l’on ressent le plus profondément les effets de la pratique : une paix, une présence, une sensation d’unité très simple.

Pourquoi chanter des mantras ?
Le corps a besoin de vibrer, de respirer pleinement, d’exprimer ce qui ne passe pas toujours par les mots. Le système nerveux a besoin de ralentir. De sortir des états d’alerte permanents dans lesquels nos vies modernes nous maintiennent souvent. Et le cœur, lui, a besoin de lien, de beauté, de sens, de moments où l’on se sent simplement vivant.
Le chant agit à plusieurs niveaux en même temps. La respiration s’approfondit naturellement, ce qui active les mécanismes physiologiques de détente. Les vibrations stimulent le nerf vague et favorisent l’apaisement du système nerveux. La répétition des sons aide le mental à se déposer. Facilitant l’entrée dans des états méditatifs accessibles même aux personnes qui pensent “ne pas savoir méditer”. Le fait de chanter en groupe renforce aussi le sentiment d’appartenance et de sécurité. Avec des effets mesurables sur le stress, l’humeur et la régulation émotionnelle.
Pas besoin de savoir chanter pour ressentir la joie
Mais au-delà de tout ce que l’on peut expliquer, il y a aussi quelque chose de plus simple : la joie. La joie de respirer, de créer du son ensemble, de sentir que la voix n’a pas besoin d’être parfaite pour être juste. La joie de ressentir cette résonance intérieure qui nous relie à nous-mêmes et aux autres.
C’est sans doute pour cela que ces pratiques existent depuis des millénaires, dans presque toutes les cultures humaines. Elles nous rappellent que nous sommes des êtres vibrants, sensibles, relationnels. Parfois, il suffit d’un souffle et d’un son pour revenir à l’essentiel.
Si cet espace vous appelle, vous êtes les bienvenus pour venir l’explorer lors d’un prochain cercle de chant.
Peace & song
Auteur : Anaïs Guyon
Enseignante de Yoga
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