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Vie virtuelle et pandémie de solitude: le mal de notre siècle!

Bien avant cet épisode inédit que nous avons traversé en 2020 avec cette pandémie qui nous aura littéralement coupé de notre vie sociale, de nos loisirs et des contacts humains, la solitude était déjà le fléau de notre époque. Même si la solitude a toujours existé elle s’est complètement transformée les dernières années et aujourd’hui s’installe comme un profond paradoxe. Comment la solitude peut-elle devenir le mal d’un siècle pourtant hyper-connecté ?

J’écris à ce sujet car j’ai beaucoup réfléchi à la solitude ces dernières années. Avant la Covid j’avais déjà constaté cette solitude sournoise qui prenait place avec l’ampleur des réseaux sociaux. Nous restions de plus en plus connectés virtuellement et de moins en moins physiquement. Cette fin de décennie n’aura pas arrangé les choses !

Je me suis vue pour ma part dès le premier confinement, happée dans ce tourbillon infernal du monde virtuel. Quel découragement après avoir lutté les dernières années pour ne pas m’embourber. Et là, sans crier gare, je me suis de nouveau perdue dans ce trop-plein d’infos, loin de toutes notion de réalité assise derrière mon écran de fumée. Dans cet article j’ai envie d’ouvrir la réflexion sur la peur du vide. Ce vide que l’on comble virtuellement et qui nous attire dans cette solitude bien plus sournoise que le virus lui-même.

Différents types de solitude

Les personnes qui se sentent les plus seules et qui en souffrent, ne sont pas forcément celles qui le sont le plus. Il existe différents types de solitude, il y a celle que l’on choisit, puis celle que l’on subit. La solitude peut être ressentie malgré un entourage présent ou une vie super active.

Il est prouvé par exemple que les gens souffrent plus de solitude dans les grandes villes où pourtant la population est plus dense. Il ne suffit pas d’être entouré pour se sentir moins seul. On peut se sentir totalement seul au milieu d’une foule, plongé dans l’indifférence et l’anonymat complet.

“Marcher dans des rues encombrées, en sachant que d’une foule piétinante ne vient jamais aucune fraternité. Que seuls des regards d’aveugles se croisent” Auteur inconnu

La solitude subie contribue grandement au stress, ce qui engendre des problèmes de santé, des états dépressifs. Les rapports sociaux sont alors vitaux. Il faut par contre différencier les vrais rapports, des rapports flottants, peu profonds qui sont comme un pansement mais ne compensent pas réellement la solitude.

Hyper connecté et pourtant seul

Le port du masque nous coupe les uns des autres, on ne se voit pas, il est alors difficile d’établir du lien. On se dit bonjour avec distance, on perd notre politesse parfois, j’ai même la sensation que cette barrière donne la légitimité à certains d’être carrément odieux. De la même manière qu’on se cache derrière un écran, on se sent intouchable derrière un masque… Je ne peux m’empêcher de faire ce rapprochement.

N’est-ce pas la cyberdépendance le véritable virus, celui qui en premier lieu nous aurait plongés dans ce monde de zombies ?

Scotchés sur nos téléphones, nous étions finalement déjà un peu isolés les uns des autres avant d’être privés tacitement de contacts. Masque ou pas masque, les gens dans la rue ne se regardent pas, ne se parlent pas, chacun est enfermé dans sa bulle à pianoter sur son écran tactile.

Il est assez incroyable de réaliser que dans un monde où l’on peut se connecter en un clic, de plus en plus de gens souffrent de la solitude. Cela nous a transformés peu à peu en des sortes d’handicapés sociaux. On se cache derrière nos écrans pour communiquer, pour draguer, pour s’informer, se divertir, se vendre… On a perdu l’habitude peu à peu de créer du vrai lien. Des modes de communication utiles mais utilisés en compensation de nos incapacités à être et à échanger vraiment.

Au lieu de nous rapprocher, ces dernières années, la technologie ne nous aurait-elle pas éloignés? Cette chimère virtuelle n’aurait-elle pas endommagé nos relations ?
Le confinement n’aurait alors fait qu’extrapoler ce qui était déjà en train de se dessiner. Il est malheureux de constater que nous avons de plus en plus de contact avec nos écrans et de moins en moins avec les gens en chair et en os, et que cela n’est pas uniquement dû à ce foutu virus…

Des relations superficielles

J’ai constaté qu’avec cette technologie les gens sont souvent faussement connectés. On pense connaître la vie des autres à travers leurs réseaux sociaux, et on prend moins le temps de se parler, de réellement savoir comment vont les gens. Les relations sont de fait, de plus en plus superficielles.

L’hyper connexion nous permet de parler à 20 personnes en même temps, sans être réellement et pleinement avec personnes. Nous sommes de plus en plus sur-sollicités, et notre concentration et attention se dégradent pour finalement rendre l’écoute et la communication vide et illusoire.

Je trouve aussi parfois que de part cette hyper connexion, les réelles relations semblent plus creuses, comme si les gens n’étaient pas toujours pleinement présents. Le temps que l’on partage dans le réel s’en voit endommagé et n’est pas toujours du temps de qualité !

Je n’aime pas ce que la modernité et l’informatique ont fait de certains de mes amis et de moi-même. Je suis lassée de parler à l’autre en sentant qu’il n’est pas réellement présent, que ce que je dis ne fait que l’effleurer. Comme si les smartphones étaient devenus pour certains des prothèses, des sortes d’excroissances humaines qui finalement au lieu de nous relier nous éloignent…

L’overdose d’information, de sollicitation nous vole du temps. On s’habitue à zapper rapidement, à être multi tâches. En contrepartie on est moins efficace, et on ne s’investit que partiellement dans nos relations, on est là, sans être là, on se lasse rapidement.
Parfois je me surprends à rêver à la fin de ce monde, sans internet, avec un vrai retour vers l’existentiel.

Un monde qui pousse à l’égocentrisme

Dans un monde où nous ne sommes que des clones, chacun essaye d’être unique. Dans une société individualiste basée sur l’apparence et la réussite, l’important ce n’est pas ce que l’on est mais ce que l’on donne à voir. L’individu a subi une grave mutation les dernières années, ce qui a augmenté considérablement les pathologies narcissiques. Sur internet finalement on ne se trouve pas face aux autres, mais plutôt face à soi !

On écoute et on ne regarde pas vraiment les autres mais on s’écoute et on se regarde à travers les images que nous renvoient les autres de nous-même. Chacun s’isole alors dans son espace virtuel. Les écrans sont devenus les miroirs modernes des Narcisses.

Coupés pendant quelques mois du monde extérieur, nous éprouvons le besoin de nous revendiquer à travers les réseaux sociaux. Par peur de ne plus exister, chacun a besoin de se mettre en avant, l’égocentrisme déborde. On se doit d’être présent, d’avancer, de montrer son intelligence, sa confiance, sa réussite… Et la réussite aujourd’hui est de plus en plus rattachée au bonheur ! On se doit alors d’être heureux, comme le dit la chanson d’Angèle “le spleen n’est plus à la mode” on développe ainsi un faux soi adaptatif qui fait bien.

Face à cette société de performance, on a peur de ne pas être à la hauteur, ce qui nous plonge dans un océan de frustration et d’insatisfaction. Les médias et réseaux sociaux ne font qu’amplifier cette crainte et cette perversion.

Il est intéressant de constater que cette communication totalement tournée vers l’extérieur nous éloigne de nous-même… A être trop attentif au regard des autres on perd son propre espace de réflexion intérieur et son authenticité. Mais finalement ne serait-ce pas parce qu’on se sent vide à l’intérieur que l’on a besoin de chercher de la considération à l’extérieur ?

Illustration moderne de notre peur du vide

Le sentiment de vide intérieur nous amène au problème relationnel et à la dépendance néfaste. On a besoin de combler ce vide que l’on a souvent soi-même créé.
L’hyper-connexion nous enferme dans notre bulle et finalement nous exclut du monde extérieur.
On comble alors ce vide avec notre téléphone. On ne peut pas s’empêcher de le sortir de sa poche dès qu’on attend, qu’on s’ennuie, qu’on est seul, comme pour entretenir une illusion. Pourquoi avons-nous si peur de cette solitude et avons-nous besoin de la remplir par une compagnie virtuelle ?

En réalité, on a fondamentalement besoin de contacts humains mais on s’en éloigne et on s’enferme derrière nos smartphones. Que ce soit dans la rue face à des inconnus, ou devant la télévision près de nos proches, on laisse ces parasites que sont les écrans se mettre entre nous, et interférer dans nos relations.
Qui a besoin d’avoir son téléphone sur la table lorsqu’il mange au restaurant avec des amis ?
Pourquoi les gens sont vexés lorsqu’on leur fait remarquer qu’ils sont toujours avec leur téléphone et que c’est désagréable ? Comme une drogue, peu de gens acceptent d’assumer leur addiction, et ne voient même pas cette cloison qu’elle installe entre les gens.

Pourquoi la solitude nous effraie, pourquoi le silence nous paralyse ?

La solitude est en effet mal vue dans cette société ou il faut cumuler des likes, montrer qu’on existe, qu’on a une vie trépidante. La solitude ne fait pas partie du package de la vie réussie, elle est au contraire vue comme un échec relationnel.

Cette peur maladive du vide, illustre une peur plus profonde qui est celle de se confronter à soi-même. Tout notre mal vient de ne pouvoir être seul. Lorsque l’on arrive à se faire face, qu’on comprend qu’on a rien à prouver on peut enfin accepter avec plaisir de passer du temps en sa propre compagnie. Enfin apprécier la solitude sans chercher à se divertir à tout prix.

Parfois saturée je reverrais de m’isoler complètement loin de tout, de repartir en retraite silencieuse pour me retrouver seule avec moi-même et non seule face à ce monde incohérent. Ce que j’essaye de faire au moins une fois par an et que je raconte dans cet article.

Être bien seul pour être bien avec les autres

Finalement j’ai vu dans cette pandémie, une façon de ralentir, de revenir à l’essentiel, celui de prendre son temps, de vivre au présent, de moins travailler, de tomber son masque social et de se tourner vers soi, vers l’intérieur… Mais la connexion permanente vers l’extérieur et ce débordement de sollicitations virtuelles, ne nous a pas laissé pleinement l’opportunité d’essayer. Vissés derrières nos écrans bien plus que d’ordinaire, avec l’arrivée sournoise de la 5G cette année, n’aurait-elle pas amplifié nos addictions virtuelles et nos difficultés relationnelles ?

Cette année aura vu se développer le télétravail, les cours zoom, les formations en ligne, les apéros skype. Autant d’activités virtuelles qui nous gardent en lien mais paradoxalement nous éloignent de nous-même et donc des autres. J’apprécie cette évolution et les aspects positifs qui l’accompagnent, mais je me méfie aussi des dérives. Je ne souhaite pas que cette transformation nous empêche de vivre ces moments de solitude qui bonifie nos relations humaines.

Il est important selon moi de reconnaître que ce lien malgré qu’il soit virtuel existe. Un lien même virtuel peut même être pleinement bénéfique, dans la mesure où il ne sert pas à combler un vide. Cultiver sa solitude est important, tout autant que de se connecter les uns aux autres.

Il est temps d’apprivoiser la solitude pour l’apprécier, la vivre sans essayer de combler à tout prix le silence et le vide. La solitude permet de nous ressourcer et nous donne un espace de repos et de régénération. Un espace pour se rencontrer, pour apprendre à se connaître soi-même.

En étant lucide on constate qu’on sera au fond toujours seul. Personne ne nous comprend mieux que nous même. On est seul à réellement prendre nos décisions, à faire nos choix de vie, seul à se comprendre, à ressentir ce qu’on ressent, à vivre ce que l’on vit, à être qui on est… Autant apprendre à accepter cette solitude inévitable pour en tirer parti au lieu de la subir.

Pour ne plus subir la solitude, on peut essayer de se tourner réellement vers l’autre avec le cœur et non pas pour se nourrir de quelque chose. Se reconnecter avec soi-même au lieu de rester connecter virtuellement pour puiser à l’intérieur de soi ses ressources. Et enfin se tourner vers le monde soi-même rempli d’amour et de gratitude.

 

Namaste

Anaïs

 

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